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LETTRE A MARQUISE DE RAMB.
Madame,
depuis que je n' ay eu l' honneur de vous voir,
j' ay eu des maux qui ne se peuvent dire ; mais je
n' ay pas laissé, avec tout cela, de me souvenir
de ce que vous m' aviez commandé en passant par
Espernay, je fus voir de vostre part Monsieur Le
Mareschal Strozzi ; et son tombeau me sembla si
magnifique, que voyant en quel estat j' estois, et
me trouvant là tout porté, j' eus envie de me faire
enterrer avec luy. Mais on en fit quelque
difficulté, pource que l' on trouva que j' avois
encore trop de chaleur. Je me resolus donc de
faire porter mon corps jusqu' à Nancy ; où enfin,
madame, il est arrivé si maigre et si défait, que
je vous asseure que l' on en met en terre beaucoup
qui ne le sont pas tant. Depuis huit jours que j' y
suis, je n' ay pû encore me remettre, et plus je m' y
repose plus je m' en trouve las. Aussi, il y a si
grande difference des quinze jours que j' ay eu
l' honneur d' estre avecque vous, aux quinze derniers
que j' ay passez, que je m' estonne comme je la puis
souffrir ; et il me semble que Monsieur Margone
qui est icy maistre d' école, et moy, sommes les deux
plus pitoyables exemples que
l' on puisse voir du changement de la fortune. J' ay
des estouffemens et des foiblesses, qui me
prennent de jour à autre, sans que l' on puisse
trouver icy de Theriaque, et je suis plus malade
que je ne fus jamais, en un lieu où il n' y a point
de remedes pour moy. De sorte, madame, que je crains
fort que Nancy ne me soit aussi funeste qu' il le fut
au Duc De Bourgogne ; et qu' apres avoir
eschappé de grands perils, et resisté à de grands
ennemis, aussi bien que luy ; je ne sois destiné
à finir icy mes jours. J' y resisteray pourtant,
autant qu' il me sera possible ; car il est vray
que j' apprehende de ne plus vivre, quand je songe
que je n' aurois plus l' honneur de vous voir. Et
apres avoir failly à recevoir la mort par la main
d' une des plus aymable demoiselles du monde, et
manqué tant de belles occasions de mourir en vostre
presence, il me fascheroit fort de m' estre venu
faire enterrer à cent lieuës de vous, et de penser
que quelque jour, en ressuscitant, j' aurois le
déplaisir de me trouver encore une fois en Lorraine.
Je suis,
madame,
vostre, etc.
De Nancy ce 23 septembre.
Sonnet
Des portes du matin l' amante de Cephale,
ses roses espandoit dans le milieu des airs,
et jettoit sur les cieux nouvellement ouvers,
ces traits d' or, et d' azur, qu' en naissant elle estale.
Quand la nymphe divine, à mon repos fatale
apparut, et brilla de tant d' attraits divers,
qu' il sembloit qu' elle seule esclairoit l' univers,
et remplissoit de feux la rive orientale.
Le soleil se hastant pour la gloire des cieux,
vint opposer sa flame à l' éclat de ses yeux,
et prit tous les rayons dont l' Olympe se dore ;
l' onde, la terre, et l' air s' allumoient à l' entour :
mais aupres de Philis on le prit pour l' aurore,
et l' on creut que Philis estoit l' astre du jour.
Rondeau
Ma foy, c' est fait de moy, car Isabeau
m' a conjuré de luy faire un rondeau,
cela me met en une peine extréme.
Quoy treize vers, huit en eau, cinq en eme,
je luy ferois aussi-tost un batteau !
En voila cinq pourtant en un monceau :
faisons en huict, en invoquant Brodeau,
et puis mettons, par quelque stratageme,
ma foy c' est fait.
Si je pouvois encor de mon cerveau
tirer cinq vers, l' ouvrage seroit beau ;
mais cependant, je suis dedans l' onziéme,
et si je croy que je fais le douziéme ;
en voila treize ajustez au niveau.
Ma foy, c' est fait.
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